L’isolement et la confusion des mondes

Création d'entreprise

Tout aussi généralistes que se veulent les sujets de cet espace, il me faut avouer qu’ils ne sont jamais loin de ma propre expérience de l’entrepreneuriat.
Aujourd’hui, après 6 mois d’investissement dans un projet et plus d’un an dans une démarche, je souhaite aborder les thématiques de l’isolement de l’entrepreneur et de la confusion des mondes personnels et professionnels.
Un exposé certes peu enthousiasmant de prime abord mais qui loin de vous dérouter a vocation à vous montrer toutes les facettes de la création d’entreprise.

En parallèle de l’entretien de cet espace, l’expérience des podcasts de l’entrepreneuriat m’a éclairé sur le parcours réussi de créateurs et créatrices d’entreprises. Des hommes et des femmes à part et qui ont tous choisi de modifier leur rythme de vie au profit de leur projet d’entreprise.
Chaque interview permet de revenir sur ce sujet et tous ont reconnu ce trait particulier à leur activité.
Comme si entreprendre était comparable à une véritable naissance avec toute l’énergie, l’amour et l’attention qu’il faut y consacrer pour réussir.

Par définition, entreprendre isole. Un isolement à la fois temporel, géographique et donc social. En effet une majorité des créations d’entreprise sont le fait d’un seul acteur (ou au mieux d’une toute petite équipe). Un homme ou une femme, heureux possesseurs d’une idée dont ils sont convaincus.
Pour faire de cette idée une entreprise, le chemin est long (plusieurs mois, voire année) durant lesquels le projet est supporté par son seul créateur. Une lourde tache, fragile face aux critiques tant est si bien qu’un tiers environ des projets sont abandonnés dans la première phase de réflexion et de communication (généralement à la famille ou aux amis).
Dans cette optique, l’entrepreneur est donc seul avec son idée, dans une période temporelle déterminée et critique.
Un isolement temporel donc qui se double d’un isolement géographique. Une majorité des projets d’entreprise sont conçus au foyer (ou dans un environnement clos).
Vous l’aurez donc bien compris : finis les interactions sociales avec les collègues (les déjeuners d’entreprise, les pauses cafés, les derniers ragots, les événements…). Finis aussi les réunions, les échanges avec les autres. Finis véritablement la vie sociale de l’entreprise tantôt contestée, tantôt vantée.

Généralement, en début d’activité, la passion aidant, on s’accommode plutôt bien à ce nouveau rythme. On prend ses aises, jouissons du nouveau cadre de liberté dont chaque entrepreneur veut enfin s’enivrer. On souhaite prendre une journée de pause, et on s’amuse les premières fois à se l’accorder comme pour se rappeler qu’on est enfin son propre patron.

Mais cela ne dure qu’un temps et l’isolement persiste. La liberté acquise ne suffit point à retrouver le bénéfice de la vie sociale.
Au point où cela finit par être troublant. Le calme du téléphone, le silence du bureau, le peu de dialogue et comparativement une nécessaire énergie pour retrouver cette interaction.

Entreprendre isole et par là même modifie les repères professionnels. L’acte d’entreprendre n’ayant par défaut qu’un début…et rarement de fin.

Alors face à cette montagne, on redouble d’investissement et on travaille finalement plus qu’avant. Mais cela n’a plus le même prix car on aime enfin ce pour quoi on s’investit.
C’est là toute la différence et rares sont les salariés qui peuvent bien comprendre le plaisir à travailler à tout moment et tout heure…si ce n’est un entrepreneur.
Alors certes on peut se donner un cadre mais l’entrepreneuriat n’a en pas par essence. Et petit à petit, entreprendre pousse à confondre le temps personnel et le temps professionnel.
Les nouveaux outils aidant, le seul fait d’ouvrir sa boîte mail un dimanche peut suffire à insérer dans ce week-end entre amis un isolement entrepreneurial.

Au final, l’entrepreneur s’isole et ne perçoit plus réellement les limites auparavant si bien marquées entre vie personnelle et vie professionnelle. C’est là tout le risque de la passion entrepreneuriale.

Face à cela, il n’est pas rare de lire qu’il faut briser l’isolement en se rapprochant d’autres entrepreneurs. C’est un juste conseil qui brise une certaine monotonie et je reconnais avoir pris une bouffée d’oxygène et du recul sur mon activité en réalisant les interviews de l’opération « Les Podcasts de l’Entrepreneuriat ».

Mais dans le même temps, soyez conscients que le temps a ses limites et que ce type d’ouverture va vous maintenir dans le même cercle d’échange…au point où la confusion des mondes sera encore plus totale…
En somme, l’isolement et la confusion des mondes sont des finalités qu’on peut d’une part qualifier de propres à la création d’entreprise et qui sont d’autre part liées l’une à l’autre.

Alors, quoi faire ?
Sortir et profiter de votre famille, de vos amis et de votre relation pour vous couper de ce monde. En acceptant le paradoxe même que ceux qui vont vous fournir ces moments de pause seront les mêmes qui comprendront le moins ce que vous vivez réellement.

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