Leçon de Courage

Création d'entreprise

Il est intéressant de noter le retour des valeurs en entreprise. Le magazine Management (N° 136 - Novembre 2006 - Les ressorts du courage) attirait déjà notre attention l’an dernier dans un de ses articles consacrés au courage.

De la même façon, je suis personnellement étonné de constater qu’à quelques mois de l’élection présidentielle, les « petits » candidats nous sensibilisent plus au manque de courage des plus « grands » qu’à leur cruelle absence de programmes.

Le courage. Une notion en vogue donc. Que ce soit pour les candidats à la présidence d’un pays ou pour ceux d’une entreprise, le courage apparaît comme une valeur des temps modernes.

Mais de quel courage parle-t-on ?

Car souvent le « courage en entreprise » s’incarne plus dans l’insensibilité d’actions destinées au bien de la société que dans des haut-faits humains.

On célébrera en effet plus le dirigeant apte à briser le tabou du licenciement plus que de celui oeuvrant pour le bien-être de ses salariés. Pourtant, assurer le licenciement de la moitié de ses effectifs pour maintenir l'équilibre de la société n'est pas un acte courageux. C'est une "obligation financière" sans laquelle tous les salariés sont menacés.

Le « dirigeant courageux » s'apparente donc à cet homme (ou cette femme), prompt à brandir derrière la valeur courage un panel de décisions viciées par les intérêts du capital. Oser le licenciement, la délocalisation, l’âpre négociation, le management de la rigueur, l'opposition à la hiérarchie…etc.

Cela nous renvoie à une image plutôt froide des directeurs. Comme s'il était presque trop couramment admis que le dirigeant, homme mature et adulte, est une personne robuste chez qui la sensibilité, la curiosité et l’écoute ont depuis des années été parasitées par l'expérience, le poids des épreuves et du pré-conçu.

Et ce n'est d'ailleurs pas sans me rappeler la discussion que nous avons eue récemment avec mon propre directeur général. Nous avons abordé le thème des dirigeants d’entreprise. Et pour les qualifier, il emploie volontiers le synonyme de « décideur ».

Diriger une entreprise se résume donc à prendre des décisions. Trancher. Le terme est d’ailleurs minutieusement choisi. Entre le bon et le mauvais, peu importe…il faut trancher. Et en ce sens, le premier niveau de considération est avant tout le bien de la société.
Que l’on s’en assure bien, j’apprécie le monde de l’entreprise et la valeur du mot travail. Je regrette que le discrédit soit jeté sur les entreprises et leurs dirigeants par les vices que les hommes, assoiffés de pouvoir, reflètent. Et je recherche plus à défendre les vertus dont on les qualifie parfois. Mais pas à tort...

Proche de mes 26 printemps, je considère tout particulièrement les tendances des jeunes générations. Comment expliquer que les jeunes professionnels soient aussi volatiles, que plus de 70% d’entre eux indiquent vouloir rejoindre la fonction publique, si ce n’est par déception ou crainte.

Un élément de réponse : le modèle de l’entreprise d’aujourd’hui n’est plus en adéquation avec les aspirations des jeunes. Comme des moins jeunes.

Loin des débats politiques sur les 35 heures ou tout autre aspect législatif, il est une explication qui n'est pas assez éclaircie : l’entreprise n’apporte pas de sens aux salariés. Plus de 80% d’entre eux ne savent pas pourquoi ils se lèvent le matin, et 50% désirent créer leur propre structure.

La réalisation de soi est reléguée en queue de pelotons des considérations des cadres et des dirigeants. Loin derrière les aspects pécuniaires. Mais l’argent n'a jamais fait le bonheur…

Mais quel est donc ce dirigeant courageux dont je disserte depuis le départ ? Vous l'aurez bien compris : ce n'est pas tant celui qui saura sortir des codes pour satisfaire le bien de la société, mais plus celui qui saurait redonner du sens à ses salariés.

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