Patrons de TPE en France, l’envers du décor

Création d'entreprise

teletravail

Lorsque j'ai entrepris mon aventure entrepreneuriale en 2007, j'ai été séduit par la liberté d'entreprendre.

Ce concept, je l'ai évoqué en de nombreuses reprises sur ce blog. À tel point qu'il est devenu l'une des requêtes principales de trafic de cet espace.

6 ans après, le concept persiste (heureusement) mais mérite d’être nuancé.

Avec 6 ans de recul, je constate que j’ai toujours autant de plaisir à côtoyer les entrepreneurs. Leur passion créative, leur foi dans le fait de faire bouger les frontières, leur énergie communicative sont des traits de caractère que j’apprécie tout particulièrement.

Et heureusement pour moi, les occasions d’échange ne sont pas rares à Toulon qui, loin des clichés, constitue un joli bassin entrepreneurial (cf. dernier billet)

Dans le même temps, j'évoque avec un brin de scepticisme « notre avenir ». Un scepticisme qui s’est renforcé avec les années.

J’ai rapidement nuancé l’idée de liberté d’entreprendre qui, bien constituant l’un des motifs premiers évoqués par les entrepreneurs, reste au quotidien une certaine illusion. Le chef d’entreprise a en effet bien d’autres impératifs à honorer s’il veut « survivre » de nos jours pour se targuer d’une certaine liberté.

L’entrée dans la « crise économique » n’a pas facilité ce quotidien. Et j’ai vu s’effriter la confiance des principaux acteurs de l’entrepreneuriat. Les politiques, devenus plus frileux vis-à-vis du monde l’entreprise, les salariés aussi en manque de sens dans leurs boites…puis les patrons eux-mêmes.

Patrons et politiques, le bras de fer

Gouverner en temps de crise n’est pas chose aisée. Pourtant l’un des moteurs de croissance reste la création d’entreprise et les entreprises elle-même.

Aussi peut-on s’étonner de certaines des dispositions prises par le gouvernement dans ce registre. A titre d’exemple :

  • une tension plus que palpable entre le gouvernement et les organisations patronales : entendre par exemple le ministre de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire dire récemment « Ce n'est pas le Medef qui fait la loi en France. C'était peut être le cas sous la précédente mandature. Ce n'est pas le cas aujourd'hui » est le début d’un long bras de fer à propos du projet de loi sur la cession d’entreprises et les autres sujets en cours.
  • les atermoiements dans le dossier des autoentrepreneurs : Sylvia Pinel, la ministre déléguée à l'artisanat a lancé une première piste de réforme du statut courant mai qui a fait naître le mouvement dit des « poussins ». Cela a abouti à la nomination d’un médiateur avant l’été tant le dossier était « chaud ». Il convient de rappeler que les autoentrepreneurs ont représenté 50% des créations d’entreprise sur les 4 dernières années. Or la ministre déléguée envisage par exemple de baisser le seuil de 32000 à 19000 euros par an pour les professions de services (en gros un SMIC mensuel au maximum). Sur cette base, ce sont 40% des autoentrepreneurs qui indiquent fermer boutique si une telle réforme voit le jour.

L’image des patrons dans la société française

Avec les scandales financiers à répétition, sur fond de contexte de crise, le patron est plus que jamais devenu un exutoire de prédilection.

Rien d’étonnant donc qu’on voit ça et là depuis quelques années des actions « fortes » comme celles, extrêmes, de patrons séquestrés en entreprise ou des déclarations courantes « patrons, tous pourris ».

Pour un pays à la forte tradition de dialogue social, on peut s'étonner que seuls 7% des Français condamnent les séquestrations de patrons alors qu'ils sont 30% à les approuver.

Le patron a ainsi mauvaise image dans notre société capitaliste mondialisée et les candidats à la fonction commencent à manquer. Un manque qui se ressent tant sur le terrain de la création (dont les chiffres sont en baisse de 4% depuis janvier 2013 vis-à-vis de 2012) que sur celui de la reprise / transmission dans lequel des milliers d’entreprises fermeront faute de repreneurs d’ici 2020.

Et la réalité des patrons de TPE

Pour rappel, une TPE est une très petite entreprise qui compte moins de 10 salariés.

  • Sur plus de 3.7 millions d’entreprises, 3.44 millions sont des TPE soit 93% du tissu de notre pays.
  • Et 80% des salariés du privé travaillent dans des entreprises TPE et PME.

Autant dire que les TPE / PME constituent un pilier de notre système actuel. La réalité du patron d’une petite entreprise est peu évoquée face aux scandales des grandes entreprises bien plus médiatiques et je salue par exemple Le Point d’avoir fait un dossier très concret sur le sujet des travailleurs indépendants.

La réalité décrite n’y est pas tout à fait rose.

Motivé par l’envie de créer une entreprise et d’apporter une valeur ajoutée, un patron se retrouve bientôt embarquer dans l’aventure entrepreneuriale. Au milieu du FISC, des banques, de l’URSSAF, de l’inspection du travail, du droit, de la paperasse, il doit se débrouiller pour faire tout au mieux et éviter la déroute (une société disparaissant toutes les 8 minutes en France) dans laquelle son patrimoine est parfois directement lié.

Une boite de moins de 10 salariés n’a pas le luxe de disposer d’un comptable, d’un responsable des ressources humaines, d’un directeur de la communication ou par exemple encore d’un acheteur. Pour bien s’entourer et constituer l’équipe adéquate, il pourra tenter de se rassurer en constatant que le code du travail français fait 3400 pages contre 40 en Suisse ou que la France pointe à la 144ème place (sur 148) dans le classement de Davos pour la « facilité à embaucher et licencier ».

Alors au quotidien, les statistiques concrètes de l'INSEE / CGPME sont les suivantes :

  • 62% des patrons travaillent entre 40 et 70 heures par semaine.
  • 16% travaillent plus de 70 heures
  • 60% des patrons prennent 3 semaines ou moins de congés sur une année

Voilà la réalité très concrète d’un patron de petite entreprise. Sans compter qu'il faut y ajouter le contenant peu ravissant de ces heures.

Et en la matière, on peut s'appuyer sur les 4 facteurs dits pathogènes que la médecine du travail ont déterminé pour les salariés et qui s'appliquent à merveille aux patrons :

  • stress
  • surcharge de travail
  • incertitude
  • solitude

Il est assez facile de constater que le dirigeant d'entreprise d'une TPE les cumule souvent tous.

Bref, dans le contexte actuel, être patron de TPE semble requérir en 2013 plus de motivation et d'abnégation que par le passé.

Alors, sans rentrer dans trop de complaisance, pourquoi ne pas pour une fois souhaiter bon courage à tous ces dirigeants de petites entreprises qui se lèvent chaque jour pour donner vie à leurs ambitions ?

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